Il était une fois des histoires

Le blog de Laetitia Midou, romancière

La dernière fois, j’ai été interpellée par un échange sur un groupe Facebook d’écrivains. Cela débattait ferme sur l’écriture et le fait de sortir de sa zone de confort (ou pas).


Quand on écrit des romans, faut-il rester dans sa zone de confort ou doit-on en sortir ?

Dans l’écriture, plusieurs domaines rentrent en jeu : imaginer et bâtir l’histoire dans son ensemble, créer des intrigues, inventer des personnages, écrire l’histoire dans ses petites lignes (chapitres, scènes, dialogues…), puis mettre en mots l’histoire pour lui donner du relief, de l’intérêt, la sublimer….

J’adore écrire et j’aimerais que cela reste un plaisir. Et pour cela, j’aimerais l’idée de rester dans ma zone de confort, que cela reste facile, que ma plume glisse sur le papier sans buter sur un seul obstacle, que mes mots jaillissent de mon cerveau sans réfléchir et qu’ils expriment avec concision toutes mes idées. Waouh, ça serait un monde idéal. Ca serait vraiment fun !

Sauf que je ne suis pas (encore) assez calée pour écrire ce que j’ai dans la tête avec des mots parfaitement choisis et des phrases qui percutent.

Pour écrire l’histoire (les histoires) qui m’obsède(nt), la facilité n’a pas sa place. Cette zone de confort si rassurante doit être quittée, c’est le prix à payer pour obtenir un résultat acceptable, en tous les cas à la hauteur de mes attentes.

Et que c’est douloureux !

Quand je me relis, je ne suis pas toujours satisfaite. C’est médiocre. A côtoyer des auteurs fabuleux (contemporains et classiques – j’essaie d’alterner) à longueur d’année, me relire peut être parfois insupportable. Je ne peux me résoudre à me satisfaire de ce que j’ai écrit même si je suis plutôt critiquée par mon entourage à ce sujet. Je sens intimement que c’est mal écrit, que je dois faire mieux, que je peux faire mieux. Je ne peux pas m’empêcher de réécrire, sans cesse.

Combien de fois j’ai réécrit mes chapitres, certains dialogues et passages, pour tenter d’approcher la vérité de mon histoire. Combien de fois, je me suis relue et découragée devant mon style sans relief, mes phrases trop longues et bourrées d’adverbes.

C’est à ce moment-là que je dois m’extirper de ma zone de confort. Pour atteindre mon idéal.

Et c’est à ce moment-là que je me mets à procrastiner, que mon cerveau, devant l’effort, devient récalcitrant.

Et allez, un petit effort, un coup de pied au derrière : il faut tout reprendre, tout réécrire, s’atteler au travail. Cela me désespère mais je ne peux pas faire autrement car je veux offrir à mes personnages le plus bel écrin, l’histoire la mieux écrite possible. Evidemment, un jour, je devrais me résoudre à cesser de réécrire et me faire une raison. Un jour, je devrais dire STOP et laisser vivre mon roman. Me dire, c’est ok, il est acceptable. Je ne vais pas faire des retouches à l’infini.

Concernant le plaisir, il se niche à un autre niveau, dans la créativité.

Imaginer des histoires, construire des intrigues, ce n’est pas un effort, c’est un vrai kiff, c’est ce que je préfère. Mais ici, il n’y a pas de notion de travail, d’effort, de réflexion, cela vient tout seul, à moi, sans effort. A ce stade, c’est le début (sympa) du travail d’écrivain, l’étape que j’aimerais prolonger à l’infini. Mais à un moment, il faut s’affronter à la mise en mots de tout ce qui bouillonne dans ma tête.

C’est à partir de là que je rentre en zone de turbulence, qu’ouvrir ma page blanche me donne des douleurs au ventre….

Ecrire un roman c’est un saut dans le vide, et c’est vertigineux !

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